« Nous sommes les 99%, nous refusons que le 1% décide de notre avenir et de l'avenir du monde à notre
place »
Le mouvement des « Indignés » milite pour une démocratie réelle et afin que les peuples puissent
construire de nouveaux modèles de société, justes et dans le respect de l’humain et de l’environnement. Leur militantisme, pacifique, est centré sur l'information et la conversation, notamment
l'organisation d'assemblées populaires. Ce mouvement a commencé en Espagne, le 15 mai 2011 et depuis s'est développé dans le monde entier.
On peut remarquer plusieurs similitudes avec l'approche
abolitionniste : la prise du problème à sa base, l'information, le militantisme non-violent et l'application de la théorie en pratique avec la simplicité volontaire. D'ailleurs, Gary Francione soutient les actions Occupy, les qualifiant de bon exemple de militantisme non-violent. Nous espèrons que les Indignés prendront bientôt
conscience de l'importance du véganisme dans la cohérence de leur mouvement.
Pour avoir plus de détails, j'ai interviewé Sam, un indigné lillois, qui a accepté de répondre à mes questions.
Merci à lui ! :)
(Note : l'interview date du 3 avril 2012)
L'Oasis Végan'imaux : Le mouvement des Indignés est assez récent. Quand et comment
a-t'il débuté ?
Sam : Le mouvement a débuté le 15 mai 2011, avec le début de l'occupation permanente de dizaines de places
espagnoles, Puerta del sol à Madrid, plazza di catalonya à Barcelone, etc..., par des dizaines de milliers de manifestants. Ce large rassemblement semble avoir été préparé dans l'année
précédente par des militants espagnols. Un des groupes émergeant du mouvement du 15M (le 15M émergeant lui même de bien d'autre rassemblement !) sera "démocratie réelle maintenant, "democratia
real YA !!!", réfléchissant à et expérimentant la démocratie directe, mais aussi "les indigné-e-s", "los indignados" qui campent sur les places, marchent sur les capitales et expérimentant
également la "démocratie réelle"
Dans la foulée du 15M, des centaines de villes de part le monde organisent des campements, lesquels sont recensés sur des sites web (comme thetechnoant en mai 2011). Les premiers indigné-e-s lillois ont commencé à se
rencontrer le sur-lendemain du 15M, ils seront 200 en assemblée au square Richebé la première semaine de juin, 3000 ou 4000 à paris sur la place de la Bastille, le jour des premières répressions
policières violentes.
En Grèce, c'est le mouvement du 25 mai. Aux USA, le mouvement Occupy, préparé depuis juin 2011, commence le 17
septembre.
En résumé, quelles sont les idées de base des Indignés ?
Sam : Nous sommes un mouvement politique sans leader ni porte parole, non violent et appelant à la révolte contre les pouvoirs et ce qu'on nomme "démocratie" mais qui n'en est pas une, car
"représentative".
Nous prônons la "démocratie réelle" (maintenant!!!), c'est à dire une démocratie directe
qui permettra une organisation politique garantissant l'égalité et l'horizontalité, la liberté,
la reprise du pouvoir par le peuple et pour le peuple.
La non-violence est un principe important pour les Indignés, tout comme il l'est pour
nous en tant que végans. Quelques mots au sujet de la non-violence ?
Sam : La non violence dans un groupe est la condition première pour l'auto organisation,
on ne peut pas s'organiser quand règne la tension et les violences. Cependant, si on a pu nous qualifier de
"bisounours", nous somme parfaitement conscients de la violence exercée par les puissants sur les peuples, notamment par la misère organisée, et par le biais de la police et de la répression des
mouvements sociaux.
Nous utilisons des techniques de lutte non violentes contre les violences permanentes du capitalisme, de l'état et
de leur police .
On pourrait aussi ajouter que la non violence des manifestations, actions, dénonciations
est nécessaire pour priver les médias de masse de leur grille d'analyse classique ("o, regarder les méchants
casseurs !") visant à discréditer les mouvement sociaux et politiques. on peut de plus espérer ainsi voir participer au mouvement des gens qui éviteraient instinctivement toute action violente,
et fédérer une masse sociale plus importante.
Comment militez vous ? Information, actions... ?
Sam : Nous nous organisons en assemblées horizontales (sans chef) pour discuter/décider
de ce que nous allons faire. Nous organisons des "assemblées populaires" dans la rue où nous appliquons cette
organisation horizontale lors de débats collectifs entre indigné-e-s et passant-e-s. nous créons aussi des zones d'expression libre, politiques et souvent artistiques, par lesquelles nous
espérons pratiquer une certaine forme d'éducation populaire.
Depuis le 15M, nous avons occupé des centaines de places dans des centaines de ville, des semaines et des mois
durant lesquels nous avons expérimenté une certaine forme de vie collective. Une multitude d'action plus mineures y ont été menées, de l'occupation de banque, pôle emploi,
aux scénettes de rue, ouvertures de squats, de zones de gratuité, distribution de vivres/soupes/café aux passant et
sdf...
Des dizaines de marches politiques sur ce modèle ont traversé l'Europe, de toute l'Espagne jusqu'à Madrid puis
Bruxelles, de Nice à Athènes en ce moment, des marches sur New York et Washington
en septembre, et aujourd'hui 5 marches de marseille toulouse bayonne angers et Lille sur Paris,
ainsi que la "marche des banlieues" parisiennes.
Nous avons enfin organisé plusieurs manifestations mondiales, dont celle du 15 octobre qui a rassemblé plus de 5
millions d'indigné-e-s dans 80 pays, 800 villes. La prochaine est programmée le 12 mai 2012, pour le premier anniversaire du mouvement du 15 mai 2011.
Un appel, pour le 15 mai 2012, à la grève générale, mondiale et reconductible, émerge de plus en plus des multitudes
de mouvement locaux.
Quelles sont les réactions du public face à vos revendications ?
Sam : presque un an après le début du mouvement, plus d'une personne sur 2 croisée lors
des occupations de la place publique n'ont jamais entendu parler du mouvement à l'échelle mondiale. Plus des 3/4 ne
savent pas que quelque chose de similaire est entreprit dans leur ville, voir en france.
Ceci indique à mon sens que les médias de masses ont presque parfaitement rempli leur rôle de désinformation. Les
gens ne disposant que de ces moyens "d'information" semblent percevoir le mouvement des indigné-e-s comme trop généraliste et n'ayant pas existé en france.
Lors des discussions de rue, il apparait que si l'inquiétude et le raz le bol sont largement majoritaires, les gens sceptiques questionnent le mode opératoire, le fait de fonctionner sans chef, la possibilité réelle de
changement politique et les perspectives générales des expériences collectives, voir révolutionnaires.
Malgré ces témoignages sceptiques, un large consensus semble exister sur l'oppression par l'argent et les banques, la réalité de la paupérisation, même si 4 décennies de propagande néolibérale interdisent le plus
souvent de nommer directement le système capitaliste comme coupable, ni de citer la réalité de la lutte des classes, de l'exploitation et du profit.
L'écologie est aussi à l'honneur, et en cela les larges revendications des indigné-e-s sont plutôt bien perçues et
les encouragement à poursuivre le mouvement extrêmement fréquentes.
L'organisation d'Assemblées Populaires, ouvertes à tou(te)s, est un point très
intéressant. Comment sont-elles organisées ? Quels sujets sont abordés ?
Sam : Ces assemblées sont organisées lors des occupations de l'espace publique, par exemple à Lille, au square
richebé près de République, ou à la sortie du métro à Wazemme lors du marché, parfois après les manifestations place de la république, ou encore lors de la traversée de chaque ville par les
marches.
L'organisation est simple, elle peut être présentée en 1 ou 2 minutes à l'aide d'un texte "mode d'emploi". Des
volontaires se présentent pour 3 rôles clés, 1) la prise de note, 2) l'assignation des tours de paroles, et 3) la "modération" des débats. Les volontaires peuvent être désignés d'office ou tirés
au sort, si ils sont seuls ou bien plusieurs. Ils changent régulièrement d'assemblées en assemblées, ce qui garantit l'horizontalité de l'organisation.
Nous utilisons aussi le langage des signes, en agitant par exemple les mains pour signifier l'accord avec
l'intervenant, sans lui couper la parole en faisant du bruit. Ce mode opératoire est régulièrement discuté et affiné collectivement.
Les thèmes des débats sont le plus souvent libres et tournent autours des méfaits des oligarchies politiques,
financières, industrielles, militaires, provoquant précarité, misère, guerre, pollutions, destructions sociales et environnementales. après certaines manifestation "à thème", les débats peuvent
être plus orientés, comme après une manifestation de sortir du nucléaire, ou encore contre l'accord commercial international ACTA, où le thème de la marchandisation du monde a essentiellement et
spontanément été développé autour des problèmes écologiques (lobby, ogm, pollutions, privatisation des ressources écologiques, génétiques...).
Les assemblées populaires sont à différentier des assemblées générales, où le fonctionnement
est identique, mais où les thèmes abordés sont plus proches de la gestion/organisation du mouvement.
Même en AG cependant, la question politique est toujours présente : qui va t'on rencontrer ? Quelle
manifestation allons nous soutenir ? Va t'on adresser la parole au journalistes ?
Quel est le thème qui revient le plus souvent lors de celles-ci ?
Sam : Le thème de la misère et de la difficulté à vivre de nos jours est le plus souvent abordé. Les jeunes
politisés font part de leur désarrois et du manque absolue de perspective tant sociale qu'écologique. Il y a en cela un profond fossé générationel avec des gens politisés mais plus
âgés
et ayant connu le plein emploi, la sécurité sociale, l'insouciance écologique...
Les plus vieux ont peur pour les plus jeunes, les plus jeunes sont sans espoirs, ne serait-ce qu'envers l'action
politique et la lutte collective (notamment la démarche des indignés, mais aussi le syndicalisme, le vote).
C'est l'époque du chacun pour sa peau voulu depuis 40ans: le rêve libéral des riches devenu le cauchemar des
pauvres.
Des actions Occupy ont lieu partout dans le monde. Cet hiver, le parvis de la Défense
a été "occupé" durant environ 1 mois et aux Etats-Unis, il y a de nombreuses actions de ce type. Dans quels but sont elles menées ?
Sam : Le premier objectif est de tenter d'user du droit théorique d'expression et de rassemblement.
Le déni de démocratie survient avec la répression policière et le silence médiatique. Nous faisons ainsi la
démonstration qu'il n'y a en occident ni liberté d'expression ni droit de circulation lorsque l'organisation et les idées produites sont susceptibles de défier le pouvoir.
Pour nombre d'indigné-e-s au départ naïfs et ayant participé au mouvement, c'est une grande
révélation. Pour les militants aguerris, c'est la routine. Envers le "public", c'est un moyen de sensibilisation au
fait que "le pouvoir du peuple", nommé démocratie, n'existe nul part.
Nous ne sommes bien sur pas là pour le "plaisir" de recevoir des coups et de nous faire gazer, passer des nuits en
garde à vue, mais bien pour nous organiser et construire des modes de fonctionnement véritablement démocratiques.
Nos occupations ont donc vocation à rassembler autour de cet objectif, et c'est véritablement l'expression des
réflexions et des idées des 99% dominés que nous recherchons.
Vu la philosophie des Indignés, je suppose qu'en toute continuité ils s'intéressent à la
simplicité volontaire et à l'auto-subsistance ?
Sam : Bien sur : nous échangeons régulièrement sur ce thème, sur les lieux d'expérimentation, amap et
coopératives bio, village autogérés, récup, SELs, auto-bidouille, boycott et grèves de la consommation.... Il y a une intense réflexion autour de la décroissance. Les enjeux du productivisme sont
très bien compris chez la majorité des indigné-e-s.
La décroissance est selon moi la seule possibilité politique pratique pour un mouvement internationaliste,
égalitariste et écologiste !
Site internet des Indignés de Lille : http://reelledemocratie-lille.fr